Éducation sacrifiée, citoyenneté entravée : autour de la Réserve du Dja, des enfants autochtones toujours privés de leurs droits fondamentaux

Dans l’ombre d’un site classé patrimoine mondial de l’humanité, des dizaines d’enfants autochtones continuent de grandir sans accès effectif à l’éducation et à la citoyenneté. Entre septembre et octobre 2025, un projet porté par l’AJPAC a permis d’apporter une réponse concrète à cette urgence silencieuse. Mais le rapport est sans appel : les besoins dépassent largement les moyens mobilisés.

Un paradoxe au cœur du patrimoine mondial

La Réserve de Faune du Dja, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, est reconnue pour sa biodiversité exceptionnelle et son rôle clé dans la régulation climatique. Pourtant, les communautés qui vivent autour de cette aire protégée – en particulier les peuples autochtones Baka – demeurent parmi les plus marginalisées du pays.

Dépendantes de la forêt pour leur alimentation, leur santé, leur culture et leur identité, ces communautés font face à une perte accélérée de leur patrimoine culturel, à un accès limité à l’éducation, et à des libertés civiles restreintes, compromettant leur participation à la gouvernance forestière et à la vie citoyenne.

Un projet ciblé pour répondre à une urgence éducative

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet « Renforcement du rôle des communautés locales et des peuples autochtones dans la gestion et la protection des sites naturels du patrimoine mondial au Cameroun », mis en œuvre par l’Association des Jeunes Peuples Autochtones du Cameroun (AJPAC) dans le cadre du programme Natura Sud-Est, financé par l’Union européenne.

La phase II du projet, conduite du 20 septembre au 20 octobre 2025, a recentré les interventions sur un levier fondamental : l’éducation des enfants autochtones et vulnérables, considérée comme une condition essentielle à l’exercice de la citoyenneté et des libertés civiles.

Des objectifs clairs, orientés résultats

Cette phase avait pour ambition de lever les principaux obstacles à la scolarisation des enfants Baka à travers :

  • l’achat et la distribution de fournitures scolaires à 50 élèves identifiés comme prioritaires ;
  • la constitution de 50 kits scolaires complets ;
  • le paiement des frais scolaires dans les établissements primaires et secondaires les plus proches ;
  • l’instauration d’un mécanisme de suivi individuel de chaque enfant bénéficiaire ;
  • la sensibilisation des parents, enseignants et autorités locales sur l’importance du maintien des enfants à l’école.

Une méthodologie inclusive et participative

La mise en œuvre s’est appuyée sur :

  • une approche participative et inclusive ;
  • le regroupement des bénéficiaires par village et par établissement ;
  • le respect du consentement libre et éclairé des parents et des enfants ;
  • l’implication directe des enseignants, des autorités de conservation et du service social local  .

Cette méthodologie a permis de renforcer l’adhésion communautaire et de créer un cadre de confiance autour du projet.

Des résultats concrets mais limités face à l’ampleur des besoins

Les résultats obtenus sont significatifs et documentés :

  • les fournitures scolaires ont été effectivement achetées et distribuées conformément aux procédures internes de l’AJPAC ;
  • 50 enfants ont reçu des kits scolaires, répartis par village et par établissement ;
  • les frais scolaires de 20 élèves du secondaire ont été pris en charge ;
  • les frais et inscriptions de 30 élèves du primaire ont été payés ;
  • 25 % des bénéficiaires étaient des enfants non autochtones mais vulnérables ;
  • un réseau de suivi a été établi entre l’AJPAC, les enseignants et les parents pour assurer l’encadrement des enfants  .

Ces avancées ont permis à des enfants jusque-là exclus du système éducatif de reprendre le chemin de l’école.

Des obstacles structurels persistants

Le rapport met toutefois en évidence des difficultés majeures :

  • l’absence d’actes de naissance empêchant l’inscription scolaire de nombreux enfants Baka ;
  • l’absence de cartes nationales d’identité pour les adultes accompagnateurs ;
  • le retard des financements, ayant entraîné une perte d’environ un mois et demi de cours ;
  • l’insuffisance des ressources pour répondre à la forte demande éducative ;
  • la difficulté d’intervention dans un contexte marqué par les élections présidentielles ;
  • un constat alarmant : le nombre d’enfants non scolarisés reste largement supérieur à ceux actuellement pris en charge.

Un appel explicite aux partenaires au développement

Face à ces constats, l’AJPAC formule des recommandations claires :

  • augmenter les financements dédiés à l’éducation des enfants autochtones ;
  • appuyer l’établissement des actes de naissance pour lever les barrières administratives ;
  • renforcer les capacités opérationnelles des organisations locales ;
  • développer des programmes de formation professionnelle pour les adultes exclus du système scolaire ;
  • encourager la coordination entre acteurs intervenant dans la même zone.

Investir dans l’éducation pour garantir la citoyenneté

La phase II du projet confirme l’engagement de l’AJPAC en faveur du droit à l’éducation et à la citoyenneté des enfants autochtones dans les 14 villages autochtones de l’arrondissement de Lomié. Si les résultats obtenus sont indéniables, ils mettent surtout en lumière une réalité préoccupante : l’exclusion éducative reste massive et structurelle.

Pour les institutions internationales, bailleurs de fonds et partenaires au développement, ce rapport constitue un signal clair :

sans un investissement accru dans l’éducation et la citoyenneté des peuples autochtones, la protection du patrimoine mondial et la gouvernance forestière resteront incomplètes.

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