Les derniers gardiens des forêts tropicales tirent l’alarme : voici l’appel mondial des jeunes peuples autochtones depuis la Papouasie

Du 23 au 26 septembre 2025, en Papouasie occidentale, 89 jeunes leaders autochtones venus des quatre plus grandes régions forestières tropicales du monde ont lancé un avertissement clair à la communauté internationale : sans reconnaissance effective de leurs droits, la lutte contre la déforestation et la crise climatique est vouée à l’échec

Une urgence mondiale portée par les premiers protecteurs des forêts


Les forêts tropicales du Bassin du Congo, de l’Amazonie, de Bornéo et de la Papouasie occidentale constituent l’un des derniers remparts contre l’effondrement climatique mondial. Pourtant, ces écosystèmes vitaux sont aujourd’hui menacés par l’exploitation minière, l’abattage industriel, l’agriculture à grande échelle et l’accaparement des terres.
C’est dans ce contexte critique que s’est tenu le Forest Defender Camp, une conférence internationale organisée par Greenpeace du 23 au 26 septembre 2025 en Papouasie, région orientale de l’Indonésie, reconnue pour sa forêt tropicale dense et sa biodiversité exceptionnelle. La Papouasie abrite à elle seule plus de 271 tribus autochtones distinctes, directement dépendantes de la forêt pour leur survie culturelle, économique et spirituelle  .
L’Association des Jeunes Peuples Autochtones Pygmées du Cameroun (AJPAC) y a pris part aux côtés de jeunes autochtones venus de Papouasie, du Sarawak, de l’Amazonie et du Bassin du Congo, représentant des communautés historiquement marginalisées mais essentielles à la préservation des forêts.

Un constat partagé : les peuples autochtones en première ligne, mais toujours exclus

Cette rencontre met en lumière un paradoxe majeur :

les peuples autochtones sont reconnus comme les gardiens les plus efficaces des forêts, mais demeurent les plus vulnérables face aux décisions qui affectent leurs territoires.

Les participants ont unanimement identifié plusieurs menaces récurrentes :

  • la destruction des territoires coutumiers par des activités industrielles à grande échelle ;
  • les intimidations, violences militaires et arrestations arbitraires visant des membres des communautés autochtones ;
  • l’absence ou la faiblesse des cadres juridiques protégeant leurs droits ;
  • le non-respect du consentement libre, préalable et éclairé (CLIP/FPIC) ;
  • l’exclusion des jeunes et des femmes autochtones des processus décisionnels ;
  • l’accès limité aux financements, à l’éducation et au renforcement des capacités  .

À cela s’ajoute un retard préoccupant dans la ratification de textes internationaux majeurs, notamment la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007) et la Convention n°169 de l’OIT, encore non ratifiées ou partiellement mises en œuvre dans de nombreux États.

Un espace de dialogue, de transmission et de plaidoyer international

Le Forest Defender Camp a permis de dépasser les barrières géographiques, linguistiques et culturelles qui isolent habituellement les peuples autochtones. À travers une méthodologie fondée sur :

  • l’intégration culturelle,
  • la participation inclusive,
  • les dialogues ouverts,
  • les récits ancestraux et démonstrations de pratiques traditionnelles,

les jeunes participants ont partagé leurs expériences locales, identifié des solutions communes et renforcé leurs compétences en matière de plaidoyer international  .

Des conférences de presse et interviews ont été réalisées par les jeunes autochtones eux-mêmes, portant un message fort à l’attention des décideurs mondiaux :

« La solution, c’est nous. Protect our forests. »

Une déclaration historique portée par 89 jeunes autochtones

Moment central du camp : l’adoption d’une Déclaration commune par 89 représentants autochtones réunis au village de Sira, dans la province de Papouasie occidentale. Cette déclaration, destinée à être portée notamment à la COP29, constitue un instrument de plaidoyer structuré auprès des gouvernements, des institutions internationales et des bailleurs de fonds  .

Par cette déclaration, les jeunes autochtones :

  • exigent la reconnaissance juridique et effective des territoires coutumiers ;
  • appellent à la ratification universelle de l’UNDRIP et de la Convention OIT 169 d’ici 2030 ;
  • réclament une participation pleine et institutionnalisée des peuples autochtones aux négociations climatiques ;
  • demandent la fin immédiate de la déforestation, de l’exploitation minière et de la militarisation des territoires autochtones ;
  • plaident pour un financement direct des organisations autochtones, accompagné d’un appui en gestion et renforcement des capacités ;
  • insistent sur l’intégration systématique des savoirs traditionnels autochtones dans les politiques climatiques et de biodiversité.

Un message clair aux partenaires au développement

Le rapport souligne un point essentiel pour les partenaires internationaux :

sans les peuples autochtones, aucune politique climatique, forestière ou de biodiversité ne peut être durable.

Les jeunes autochtones appellent les institutions internationales, bailleurs de fonds et ONG à agir avec intégrité, à soutenir directement les initiatives portées par les communautés et à garantir le respect du mécanisme du consentement libre, préalable et éclairé dans tous les projets.

Agir maintenant ou perdre l’essentiel

Les forêts tropicales ne sont pas seulement des puits de carbone. Elles sont des espaces de vie, des réservoirs de savoirs ancestraux et le fondement même de l’équilibre planétaire.

À travers ce camp et cette déclaration, les jeunes peuples autochtones rappellent une vérité fondamentale :

la protection des forêts passe par la protection de ceux qui y vivent et les protègent depuis des générations.

Le message est sans ambiguïté :

le temps des discours est révolu ; celui de l’action concertée, inclusive et financée doit commencer maintenant.

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