Entre le 15 février et le 15 août 2025, dans le village Zoulabot – campement Baka, arrondissement de Mintom, un projet pilote d’agroforêt communautaire porté par l’AJPAC a démontré qu’il est possible de restaurer les forêts dégradées tout en renforçant la résilience économique des peuples autochtones. Mais il révèle aussi une réalité préoccupante : sans un soutien financier accru, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur de la déforestation
Un contexte critique pour les communautés Baka
Dans l’arrondissement de Mintom, la déforestation accélérée causée par l’exploitation industrielle des ressources forestières compromet directement la survie des communautés Baka, dont les modes de vie, l’alimentation, la médecine traditionnelle et l’identité culturelle dépendent étroitement de la forêt.
La disparition progressive d’essences forestières clés entraîne une érosion des moyens de subsistance, une perte de savoirs traditionnels et une vulnérabilité croissante face aux chocs environnementaux. C’est dans ce contexte que l’Association des Jeunes Peuples Autochtones Pygmées du Cameroun (AJPAC) a initié un projet structurant : la création d’une agroforêt communautaire de 4 hectares, intégrant cacao et essences forestières locales



Un projet pilote agroforestier pensé pour concilier écologie et revenus
Intitulé « Création d’un agroforêt communautaire à base de cacao en association avec le Moabi, la mangue sauvage et la rondelle », le projet s’est déroulé sur une période de six mois, du 15 février au 15 août 2025, en deux phases opérationnelles clairement définies.
L’objectif était triple :
- restaurer une portion de forêt dégradée ;
- générer des revenus durables pour les communautés locales ;
- renforcer les capacités techniques des peuples autochtones face aux défis environnementaux
Une mise en œuvre structurée et inclusive
La première phase (15 février – 15 avril 2025) a été consacrée à la préparation du projet :
- concertation avec toutes les parties prenantes pour une adoption unanime du plan de mise en œuvre ;
- identification consensuelle de 4 hectares de terrain, afin d’éviter tout conflit foncier ;
- aménagement du site par les équipes communautaires ;
- mise en place d’une pépinière communautaire ;
- formation de 40 membres sur la gestion des pépinières et la production de plants de qualité .
La deuxième phase (15 mai – 15 juillet 2025) a permis de finaliser les activités :
- achat et transport des semences et plants (cacao, Moabi, rondelle, mangue sauvage) ;
- renforcement des capacités sur les techniques de piquetage et de mise en sol ;
- suivi, entretien et arrosage de la pépinière ;
- plantation sur le site selon les normes techniques agricoles .
La méthodologie reposait sur des principes clés : inclusion communautaire, approche genre, consentement libre et éclairé, collecte directe des données et collaboration avec les autorités locales.
Les résultats mesurables et significatifs
Malgré des moyens limités, les résultats obtenus sont concrets et vérifiables :
- Plus de 2 000 plants de cacao effectivement plantés sur le site ;
- 500 plants de Moabi, 300 plants de rondelle et environ 350 plants de mangue sauvage mis en terre ;
- 40 bénéficiaires formés, dont 11 femmes autochtones, 14 hommes, 10 enfants, et 5 membres de l’AJPACdevenus experts en reboisement ;
- création d’une dynamique locale d’appropriation : plusieurs bénéficiaires ont lancé des champs et pépinières parallèles, devenant progressivement autonomes .
Ces résultats démontrent que les communautés Baka disposent des compétences et de la motivation nécessaires pour porter des solutions durables lorsque les moyens leur sont accessibles.



Des contraintes révélatrices d’un sous-financement structurel
Le rapport met cependant en lumière des difficultés majeures :
- un retard de lancement ayant exposé le projet à une petite saison sèche, affectant la germination ;
- une insuffisance financière limitant la formation de toutes les parties prenantes ;
- la hausse des coûts du matériel agricole ;
- des contraintes logistiques sévères (délestages, accès difficile, manque de moyens de locomotion) ;
- surtout, l’impossibilité de régénérer plus qu’une infime partie de la forêt dégradée faute de financements suffisants.
Un appel clair aux partenaires au développement
À travers ce projet, l’AJPAC formule des recommandations stratégiques :
- renforcer durablement les capacités techniques et opérationnelles des organisations autochtones ;
- doter les équipes locales de moyens logistiques adaptés ;
- augmenter les financements pour étendre les actions de reboisement à d’autres villages autochtones ;
- répliquer ce modèle agroforestier dans tous les arrondissements abritant des peuples autochtones
Une preuve de concept, mais une urgence d’investissement
Le projet agroforestier de Zoulabot constitue une preuve tangible que la transition vers des systèmes agroforestiers communautaires est viable, efficace et bénéfique à long terme. Il révèle également une réalité alarmante : sans un engagement financier accru des partenaires nationaux et internationaux, ces initiatives resteront marginales face à l’ampleur de la déforestation.
Pour les institutions internationales et bailleurs de fonds, le message est clair :
investir dans les solutions portées par les peuples autochtones, c’est investir directement dans la protection des forêts, la justice sociale et la résilience climatique.


